Lettre ouverte : À toi, chère travailleuse

Sais-tu ce que c’est, l’équité salariale ? Qu’il existe une Loi sur l’équité salariale au Québec et qu’on célèbre ses 25 ans le 21 novembre prochain ? Bien que son adoption en 1996 ait été révolutionnaire pour les femmes, elle demeure terriblement méconnue.  Et le droit d’obtenir un salaire équitable pour un travail équivalent l’est tout autant !

Tu entends probablement beaucoup parler de discrimination systémique ces derniers temps. Sais-tu que la nature de la Loi sur l’équité salariale repose sur la reconnaissance de la discrimination systémique vécue par les travailleuses ? Encore aujourd’hui, les femmes gagnent en moyenne 3 $ de l’heure de moins que les hommes. Dans les milieux non syndiqués, l’écart salarial peut atteindre 16 %, et lorsqu’on pense aux femmes issues de l’immigration, la différence est encore plus grande !

Tu te dis sans doute que dans une société égalitaire et équitable comme la nôtre, de tels écarts salariaux n’ont pas leur place. Tu as bien raison ! Ça fait 25 ans que les employeurs doivent prouver qu’il n’y a pas de discrimination systémique fondée sur le sexe dans leur entreprise. Et pourtant, les écarts salariaux persistent pour les plus vulnérables d’entre nous.

Depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur l’équité salariale, les écarts ont été réduits de 5 %. Mais pour toi qui fais partie de la majorité des travailleuses non syndiquées du Québec, ces écarts sont 3 fois plus grands ! Pourtant, ton droit à l’équité salariale est fondamental. Tu as le droit d’être rémunérée au même salaire que ton collègue si ton travail est équivalent au sien. Ça veut dire que ton droit est non-négociable, qu’il est absolument essentiel à ton épanouissement, et qu’il ne peut être bafoué. Tu peux donc faire valoir ce droit à ton employeur. Et s’il te le refuse, tu as des recours !

Tu me diras que tu as peur de perdre ton emploi, que plusieurs de tes amies ont été mises à la porte sans aucune explication autre que la pandémie et que tu peines même à faire respecter les normes du travail par ton employeur. Que plusieurs travailleuses que tu connais acceptent des conditions d’emploi souvent en deçà du minimum.

Chère travailleuse, tu n’es pas seule. Les femmes qui ont revendiqué une loi sur l’équité salariale ne l’étaient pas non plus. Nous sommes à la fois nos grand-mères et nos petites-filles ; nous sommes unies et solidaires. C’est ensemble que nous faisons progresser les droits du travail des femmes, et celui à l’équité salariale est au cœur même de la valorisation de nos emplois. Chaque fois qu’une d’entre nous le revendique et le défend, ce sont toutes les femmes du Québec qui y gagnent.  Informe-toi auprès de la CNESST et des organismes en défense de droits, parles-en autour de toi et fais valoir tes droits ! Car n’oublie jamais qu’ils t’appartiennent et qu’ils sont non négociables.

Kim Paradis, directrice générale

Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail